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  • Photo du rédacteurChristian Job-Maurion

1810: Coup de foudre validé devant notaire

Dernière mise à jour : 26 mars


#challengeUproG du mois : « un contrat de mariage ».

Acte de notaire, chromo © coll. Au Bon Marché

Les contrats de mariage permettent en principe de s’accorder sur le régime matrimonial, définir les apports des mariés, prévoir les dispositions en cas de décès, etc… Mais aujourd’hui nous allons nous intéresser à un contrat de mariage qui a un autre but, bien peu ordinaire, celui de formaliser un coup de foudre entre deux jeunes gens qui viennent à peine de se rencontrer.


Un colporteur, gravure XIXe s.

Nous sommes le 21 janvier 1810 dans l’étude de Maître Lombart, notaire à St-Palais au Pays Basque. Trois individus se présentent à lui pour établir un contrat de mariage : une mère et sa fille, habitantes de St-Palais ; ainsi qu’un homme parfaitement inconnu des environs, colporteur en verrerie, de passage par là. Cet homme présente un passeport de marchand ambulant sur lequel son nom, Nicolas MAURION a été orthographié par erreur MORION, il est âgé de 28 ans, il vient d’Agen, réside à Tarbes et sa description physique, détaillée par le notaire (un régal pour le généalogiste!), correspond à celle figurant sur le passeport. Le colporteur annonce alors au notaire que dès son arrivée dans la ville, il s’est promis en mariage à la jeune fille qui l’accompagne ! Nous voici là devant ce qui ressemble fortement à un amour foudroyant. Le colporteur est tellement inconnu à St-Palais qu’il ne peut produire aucun témoin d’individualité que la loi prévoit, mais « comme il lui importe infiniment de justifier auprès de ses parents qu’il a contracté mariage afin d’obtenir leur consentement à sa célébration », il requiert au notaire de lui « prêter son ministère à ce sujet », ce à quoi le notaire a bien voulu consentir.


Les parties promettent donc se s’unir et choisissent le régime de la communauté réduite aux acquêts et profits, un régime matrimonial prudent, tout à fait justifié par la circonstance, mais rien de plus dans le contrat. Pas d’apport. Pas de disposition particulière. Le contrat s’arrête là. La mère de la jeune fille est consentante. Voilà tout.


La logique derrière ce contrat de mariage, celle d’obtenir le consentement des parents du marié est déroutante. La norme c’est que les parents consentent au mariage puis qu’ensuite le couple établisse un contrat avant la cérémonie. Un contrat ne garantissait pas le mariage et les parents pouvaient tout à fait refuser de donner leur consentement. Alors pourquoi ce contrat ? Les parents du marié voulaient-ils s’assurer que leur fils se marierait bien sous le régime réduit aux acquêts avant de donner leur accord à une union avec une inconnue ? En approfondissant nos recherches sur le colporteur on découvrira qu’il avait laissé dans sa ville natale un enfant illégitime âgé de 3 ans qu’il avait eu avec une veuve. Ses parents étaient-ils échaudés par d’anciennes promesses de mariage de leur fils ?


Blason des SÉGALAS

Autre aspect surprenant de ce contrat de mariage, lorsque l'on creuse les biographies, c’est le consentement de la mère de la jeune fille, car la contractante, qui s’appelle Louise de LARROCHE et qui est âgée de 21 ans, appartient au clan SÉGALAS, une puissante famille locale, de bourgeois, d’hommes de loi, de receveurs fiscaux et de riches négociants, ce qui détonne avec ce colporteur sorti de nulle part, fils et petit-fils d’ouvriers tisserands. Deux cousines de Louise feront des mariages inégaux, en 1819 et 1822, sans le consentement de leurs parents et sans la présence d’aucun membre du clan SÉGALAS. Mais la situation est peut-être un peu différente pour Louise dont le père qui était mort depuis huit ans, avait connu la faillite ; et dont la mère savait peut-être qu’elle allait bientôt mourir (elle est morte 7 semaines plus tard).


Louise était donc une bourgeoise désargentée, fille d'un receveur fiscal énigmatique et aventurier, originaire de Paris et soit-disant enfant illégitime de Louis XV… Il est mort quand Louise avait 13 ans et elle aura sans doute grandit en entendant ces histoires du grand et si lointain Paris. Le colporteur lui promit-il de l’y emmener ? Rêvait-elle de voyages à ses côtés ? Impossible pour l’heure de mettre la main sur leur acte de mariage mais on retrouve le couple, qui se déclare bel et bien marié, à Mont-de-Marsan en 1811, Paris en 1813, Orléans en 1814, Paris en 1815, Châtellerault en 1816, Tours en 1818 et enfin Bourges en 1822. Le coup de foudre formalisé devant notaire s’est donc bien concrétisé par une longue vie maritale.


Au fil des années, on note un embourgeoisement certain du colporteur, peut-être motivé par les ambitions de son épouse à retrouver un ancien statut social. Nicolas s'alphabétise, devient dentiste, commercialise un élixir qui prétendait calmer les douleurs de dents en cinq minutes, exerce auprès de plusieurs collèges et maisons d’éducation, s’entoure de commerçants, de pharmaciens, d’artistes, de professeurs et de la communauté des officiers polonais réfugiés en France. Il se présente même, dans ses publicités, comme le “dentiste de plusieurs princes et princesses de France“.


Son épouse et lui, malgré leur fougue initiale, finiront par se séparer vers 1834. Louise de LARROCHE meurt en 1838 et Nicolas MAURION lui survit vingt-deux ans. Le couple eut cinq enfants : trois filles et deux garçons, dentistes comme leur père. Leur descendance, connue sous le nom MAURION de LARROCHE compte pas moins de douze dentistes, en exercice jusqu'en 1975, dont les vies seront marquées par un nomadisme qui n'est pas sans rappeler celui de leur colporteur d'ancêtre.


Contrat de mariage Maurion/Larroche ©AD64

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